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CULTURE- CHARLEROI: "La fée ignorante", un portrait énigmatique de René Magritte

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La fresque à la salle du Congrès du PBA- Crédit: Leslie Artamonow

Enfant du pays, René Magritte (1998-1967) est devenu aujourd'hui une référence incontestée du surréalisme dans le monde. Parmi les 400 oeuvres réalisées, intéressons-nous de plus près à "La Fée ignorante", une fresque monumentale visible à la salle du Congrès du Palais des Beaux-Arts. 

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René Magritte jeune 

Quelle ascension! 

En 1910, René Magritte était élève à l'Ecole moyenne de l'Etat de Châtelet, située à la rue du Collège. En face de cette école, se trouvait la papeterie/confiserie des demoiselles Thomas. Au premier étage de ce commerce, le jeune artiste suivait des cours de peinture donnés par un professeur d'une école de Dampremy.

Aujourd’hui, le peintre est classé dans le top 10 des artistes les plus cotés au monde: le 19 novembre dernier, "L'Empire des lumières", une de ses peintures emblématiques, a été vendue chez Christie's à New York pour 121 millions de dollars, établissant un record aux enchères pour l'artiste, l'année du centenaire du mouvement surréaliste !

Les références à Magritte sont partout. Dernièrement, l'avion nouvellement peint, pour Brussels Airlines, montre précisément Magritte peignant une colombe ; sur le fuselage, d’autres colombes et un nid occupé par trois œufs. Et que dire de la remise des Magritte, qui récompense des talents belges du 7ème Art ? 

Un buste à l'apparence de terre cuite 

En 1957, René Magritte répondait à une commande publique: la fresque de "La Fée ignorante", à la Salle du Congrès du Palais des Beaux-Arts. Le Musée des Beaux-Arts de Charleroi conserve aujourd'hui l’ensemble des trois huiles préparatoires de cette frise décorative.

" Lorsqu’il conçoit « La Fée ignorante », René Magritte ne bénéficiait pas encore, de la reconnaissance dont il fait l’objet aujourd’hui. Joseph André, l’architecte du PBA, n’hésitera d’ailleurs pas à décrier sa proposition, estimant n’y voir que « des banalités sans intérêt » signale Coraly Aliboni, gestionnaire du Patrimoine culturel à la Ville de Charleroi. " Le titre - qui n’a pourtant pas vocation à expliquer l’œuvre- nous oriente vers le centre de la composition où trône, dans une frontalité interpellante, un buste de femme à l’apparence de terre cuite, aux yeux sans pupilles, au visage déterminé par la lumière noire d’une bougie. Et c’est tout naturellement que nous y associons l’un des objectifs avoués de Magritte : éclairer notre connaissance de mystère… et nous rendre le mystère du monde, palpable. Il s’agit surtout de nous mettre en présence de poésie visible et, par là-même, de rendre les objets, les êtres, le réel, devenus trop familiers, enfin, bouleversants ».

JEAN-CLAUDE HERIN 

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Une famille bien ancrée à Charleroi 

Avec l’humour qu’on lui connaît, René Magritte avait pour habitude de dire : « Je suis un dandy cow boy de Charleroi et de Châtelet ». Né le 21 novembre 1898, il est le seul de la famille à ne pas être né au Pays de Charleroi, mais à Lessines, car son père, Léopold Magritte, marchand tailleur ou voyageur de commerce, originaire de Pont-à-Celles, s’y était installé pour deux ans seulement. En mai 1900, la famille Magritte s’en retourne à Gilly, près de la grand-mère maternelle.

La famille s’installe à la chaussée de Fleurus, au 46 puis au 183, où naissent les deux frères, Raymond (1900) et Paul (1902). Le 4 avril 1904, les Magritte sont domiciliés à Châtelet, rue des Gravelles. Ils occuperont successivement trois maisons, le 77, le 79 et le 95.

De mars 1913 à octobre 1914, le père et les trois fils résident au 41 de la rue du Fort, à Charleroi.

Peu après le début de la Grande Guerre, dès la mi-octobre 1914, ils sont de retour à Châtelet, au 95 de la rue des Gravelles. En 1917, ils quitteront la cité sambrienne pour Bruxelles. La maison sera vendue en 1923. Notons aussi que c'est à Gilly, en mars 1898, que Léopold Magritte épouse Régina Bertinchamps. Georgette Berger, l’épouse de l’artiste, est née à Marcinelle, en 1901. C’est à la foire de Charleroi, en 1913, qu’il la rencontrée.

Pierre Crowet, père du modèle Anne-Marie Gillion-Crowet, est natif de Charleroi et sa mère, Adrienne Cornez, est née, rue de Couillet, à Châtelet. Ainsi, Magritte présente, au Palais des Beaux-Arts de Charleroi, une frise qui fait référence à sa jeunesse vécue au Pays de Charleroi.

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Les Magritte sont bien implantés à Charleroi, comme le confirme le registre. photo: J.C.Hérin 

René Magritte, marqué par le suicide de sa mère 

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Liliane Sabatini - photo: J.C.Hérin 

Conservateur honoraire du Musée de l’Art Wallon à Liège, pendant trente ans, Liliane Sabatini, une habitante de Châtelet, s’est tout particulièrement intéressée à René Magritte puisque quelques œuvres y étaient accrochées. « René Magritte est toujours présent dans l’imaginaire collectif, nous laissant en héritage d’innombrables tableaux inestimables » signale-t-elle.

Cet ex-professeur d’arts plastiques affirme que « La Fée ignorante » est un retour aux sources, un hommage aux femmes de sa vie. La mère, l'épouse, le modèle qui, par la naissance ou la famille, sont liées au Pays de Charleroi. Le suicide de Régina, la mère, la nuit du 24 février 1912, a profondément marqué le peintre.

« Si nous observons l’arrière-plan de La Fée ignorante, nous voyons une grande prairie (la Praye), où le corps a été déposé, traversée par une rivière (la Sambre) et des collines bleutées (les terrils). Le lieu du drame sublimé par l’artiste. Près de la « fée », flottant parmi les nuages, au-dessus de la vallée, une couronne de feuilles. Au centre de celle-ci, sur un ciel bleu nuit, un croissant de lune brille. Celui-ci fait vraisemblablement référence à la nuit tragique (la mère quittant la maison, la nuit) mais aussi à la lame d’une faux et d’une faucille. Le poisson, faisant référence à l’eau, à la rivière, évoque aussi le drame. Ainsi, par associations, petites touches, se recrée un univers qui a été familier à l’artiste. Nul n’est besoin de chercher des associations lointaines, le quotidien peut être source d’inspiration. »

500 visiteurs par an à la Maison Magritte

En 1911, le père de René Magritte a fait bâtir une maison qu’il considère comme devant être le reflet de son statut social.

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La maison au 95, rue des Gravelles 

Il s’agit d’une maison bourgeoise à la façade dans le style : « Art nouveau » en vogue à l’époque. L’architecture intérieure y est encore telle que l’a connue Magritte. Une ligne du temps dans le hall d’entrée ainsi que des panneaux didactiques dans le jardin retracent l’enfance et la vie de René Magritte.

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" Ceci n'est pas une ligne du temps: clin d'oeil à "Ceci n'est pas une pipe" 

On y voit aussi la première œuvre : « Chevaux affolés sortant d’une écurie en feu » - que Magritte a peinte à l’âge de 16 ans- ainsi qu’une photo de l’artiste accoudé à la cheminée.

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"Chevaux affolés... " une oeuvre de jeunesse dans le living- photo: J.C.Hérin 

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Une photo de Magritte où l'artiste a "posé" près de la cheminée- photo: J.C. Hérin 

Responsable du service de la Culture à la Ville de Châtelet, Joëlle Janssens fait régulièrement visiter la maison Magritte, au 95, rue des Gravelles. « Chaque année, nous accueillons un peu plus de 500 personnes. Les animations et activités autour de Magritte occupent la moitié de mon temps. Le public se montre toujours très intéressé par Magritte et son parcours ». Des visites et des animations de la Maison Magritte pour les particuliers et les groupes scolaires. Du 1 mai au 31 octobre, ouvert tous les mercredis de 9 h à 12 h et de 13 h à 17 h (excepté en juillet et août de 9 h à 13 h) et le premier dimanche du mois de 9 h à 12 h 30 et de 13 h à 17 h 30. L’expo de l’artiste de Mont-sur-Marchienne Adée Demanet y est visible jusqu’au 16 mars.

JEAN-CLAUDE HERIN 

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Adée Demanet et ses oeuvres- J.C.Hérin 

Notons aussi qu’une balade: « Sur les traces de Magritte » est programmée le 1er dimanche de juillet.

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Le parcours de Magritte dans le jardin- photo: J.C. Hérin 

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